lundi 7 septembre 2009

En silence

1er jour :

Je n’aime pas les jours où je ne travaille pas. On ne peut pas dire que mon travail me passionne, je suis femme de chambre dans un hôtel. Mais, au moins, quand j’y suis je ne pense pas. Ce matin, je suis allée au marché m’acheter mon poisson. J’ai acheté six sardines. J’ai acheté Le Monde. Ça me rappelle toi, Marcel. Tu me disais toujours : « C’est pour me mettre au courant de ce que disent les français pensent. » Ces français-là ne sont pas ceux que je peux voir.

Mon pauvre Marcel. Je pense à toi si souvent. A ton courage, au sacrifice que tu as fait. Grâce à toi, je suis encore en vie. Mais, quelle vie ? Si j’avais su, je me serai mise au-devant des balles, pour mourir avec toi.

S’il y a un au-delà, et je peux te le dire, je n’y crois pas, si tu me vois, tu dois être bien déçu d’avoir épousé une femme comme moi. Ce que je ne t’ai pas dit Marcel, c’est que comme tous les jours, j’ai acheté ma bouteille de vin. Je ne peux plus survivre sans cette foutue bouteille de vin. Mais, j’achète toujours le meilleur, comme toi. Je suis peut-être pauvre maintenant, mais, je sais choisir un bon vin. Et celui-là est cher. Mais, c’est le luxe que je m’offre.

Je suis seule, chez moi, si on peut appeler, chez moi, une pièce grande comme notre salle de bain de notre belle maison. Je vis dans notre salle de bain. D’ailleurs, j’ai organisé cette pièce comme la salle de bain. Mon lit me fait office de baignoire. J’ai ouvert ma bouteille. Je me suis servie un verre. J’en suis à mon troisième. Je ne me suis pas coiffée. A quoi bon ?

Je crois que je vais devenir folle. J’ai pensé mille fois prendre ma vie mais, ce serait te faire insulte. Toi qui as sacrifié ta vie pour la mienne. Si tu peux m’entendre, ils ne m’ont rien fait. J’ai pu m’enfuir. Courir, j’ai couru si vite. Loin de toi.


2ème jour

Je n’ai pas continuer à écrire hier. Je me suis revue courir à perdre haleine et la suite, n’a pas d’importance. J’ai repensé à la seule certitude que j’avais en courant : celle que je ne te reverrai jamais. Dans ces cas-là, je suis prise de sanglots si forts que je mets un mouchoir dans ma bouche pour ne pas que les voisins ne m’entendent. Une fois que je pleurais, une voisine m’a entendu et a frappé à ma porte. Depuis, je fais attention de ne pas me faire remarquer. Je me dis qu’il faudrait peut-être que je déménage bientôt.

Je reprends là où je me suis arrêté hier. J’ai trouvé refuge chez des amis. Je préfère ne pas donner leur nom. On ne sait jamais si on me retrouve et que ce cahier est découvert. D’ailleurs, je le cache à chaque fois que j’ai terminé. C’est toi qui m’as appris ces précautions. Je n’avais pas compris, les quelques mois avant ta mort. Si seulement tu t’étais confié à moi. Mais, tu ne m’as rien dit. Je sais maintenant pourquoi on t’as tué. Je sais qui c’est et je te le jures, je te vengerai.
C’est pourquoi j’ai décidé d’écrire. Je dois me sortir de cette folie quotidienne, celle où j’ai l’impression que je vais mourir à chaque instant que je pense que tu n’es plus là. Peut-être que je suis folle d’écrire à un mort. Je n’ai pas d’amis, et je n’en veux pas. Je ne parle à personne. Je ne veux parler qu’à toi.

Je digresse. J’ai été aidé. Ils m’ont trouvé des papiers. Ne voulant pas les mettre en danger, je suis partie. J’ai trouvé du travail dans un hôtel, dans le genre d’hôtel dans lequel on descendait quand tu venais en mission à Paris. Le tapis rouge, c’est moi qui le nettoie maintenant. Je n’avais pas réalisé que c’était aussi difficile de faire ce genre de travail. Mais, ça ne me fait pas peur. La difficulté du travail n’est rien par rapport à la douleur de t’avoir perdu. De me retrouver seule au monde. Dans le journal, j’ai lu l’article d’une femme qu’on a retrouvé desséché sur la cuvette de ses toilettes. Elle est morte sur ses toilettes il y a 3 ans. Les policiers ont forcé la porte suite à un ordre des huissiers pour impayés de loyer. Les voisins ne se sont préoccupés de rien. Je vis dans un pays où on peut mourir en silence sans que personne ne s’en aperçoive. Ce ne serait pas comme ça chez nous. Les voisins ont bien remarqué que sa boîte aux lettres débordait de courrier. Un voisin a enlevé son nom sur sa boîte et voilà, s’en était fait. Cette femme est restée là, immobile, le regard figée sur sa cuvette de toilettes pendant 3 ans. Je vais peut-être mourir comme ça. Ça me glace le sang quand j’y pense. Je nous imaginais une vieillesse tranquille dans notre Afrique natale. Je ne veux pas mourir comme cette femme. Je préfère rentrer chez nous et me faire assassinée pour être ta femme, mais, je ne veux pas rester enfermée desséchée dans ce taudis pendant 3 ans.

Je loue cette pièce que j’appelle ma salle de bain, à un voleur qui se fait de l’argent sur de pauvres gens. Beaucoup de ces familles qui louent chez cet homme sont nos frères. Ils savent qu’ils se font arnaquer mais quel choix ont-ils ? Je donne mon loyer toujours à l’avance et il ne me demande rien. Ma seule coquetterie est ma bouteille de vin quotidienne.

Ah mon Marcel ! Tu me manques tellement.


3ème jour :

Je suis désolée. Ça fait plusieurs jours que je n’ai pas écrit. Je n’ai fait que travailler. En rentrant, éreintée, j’ai bu. Je n’ai pas honte de te le dire. C’est bien fait pour toi, qui m’as abandonnée. D’ailleurs, je vais arrêter de t’écrire, ça ne rime à rien.

vendredi 13 juin 2008

TUNNEL

TUNNEL

J’ai pensé faire demi-tour. Le bruit des talons était assourdissant. Toutes ces personnes qui marchaient comme des soldats dans ce couloir de métro.

J’étais contre la porte. Je me suis retournée pour l’ouvrir et rebrousser chemin. Elle était fermée à clef. Mince ! Il y a quelques minutes encore, j’étais passée par cette porte. J’ai joué avec la poignée plusieurs fois, j’ai regardé par la serrure. Pas de clé. Mais, je pouvais distinguer ce qu’il y avait derrière la porte. Pliée en deux, comme si j’avais mal au ventre, je me concentrais pour mettre un nom sur les formes que mon œil communiquait à mon cerveau. Des balais serpillières, des seaux. Je n’en croyais pas mes yeux. Un regard sur la porte comme pour vérifier quelque chose : porte de service. Pourtant, cette porte était bien l’aboutissement d’un tunnel que je venais d’emprunter. J’avais suivi les instructions du guide. Rêveuse, je suis restée devant la porte :
« Je vous propose de faire un voyage. Ce n’est pas un voyage au sens strict du terme. Mais, ça n’en reste pas moins un voyage. Difficile. Sachez-le. Mais, je vois que vous êtes décidée à arrêter ces tempêtes. Il vous faut comprendre d’où vous est venue ce pouvoir. Apparemment, vous ne vous souvenez pas .

Il y a une porte ici, m’a-t-il montré du doigt. C’était une porte très banale en bois, avec une poignée. A partir du moment où vous passez cette porte, vous traverserez un tunnel au bout duquel il y aura, non, pas la lumière, a t-il dit en ricanant bêtement, mais une autre porte. Ce qu’il y a derrière, je ne pourrai vous le dire. Ça ne dépends que de vous.

J’écoutais avec une très grande attention.

« Je vous laisse un téléphone portable. Comme vous le voyez, il n’y a qu’une seule touche. Si à un moment, vous ne voulez plus continuer, vous pouvez m’appeler. » J’étais prête à tout pour arrêter ces tempêtes mais son plan me paraissait inquiétant. Ça a dû se voir parce qu’il m’a dit : « Il n’y aucune inquiétude à avoir. Ce que vous verrez, c’est votre monde. La seule consigne à retenir, c’est de suivre votre instinct, le chemin qui vous semble le plus approprié. » Mon monde ! S’il est fait de tempêtes, je ne sais pas si je ne dois pas m’inquiéter !

J’ai accepté. Et la Lionne ? Je vais lui expliquer, m’a t-il dit. Elle comprendra. Moi aussi je pense qu’elle comprendra. Et puis, au moins, elle sait où je suis s’il s’avère que c’est un taré.

C’est ce que je me disais devant cette porte. Que j’avais suivi les instructions loufoques d’un fou. Je me retrouvais prisonnière dans un couloir de métro. Je voulais rentrer à la maison. J’étais sur le point d’essayer encore une fois d’ouvrir cette porte quand un homme m’a percuté avec toute la force de son élan. Il s’est retourné pour constater ce qui l’avait bousculé. Je lai engueulé : « Hé, faut regarder où on marche ! » Il avait l’air estomaqué. il ne me regardait pas vraiment. Il semblait regarder dans ma direction mais sans me voir. Son visage exprimait l’incompréhension puis l’idée qu’il avait rêvé. Il a fait demi-tour et a repris le cours de ce flot humain. La colère, probablement causée par la douleur de mon épaule meurtrie, m’a décidé de le suivre pour lui dire deux mots. Dans un vocabulaire que j’avais déjà choisi. Mes mais dans les poches, j’ai senti le téléphone dans ma poche droite. Je l’ai serré. J’appellerai une fois que j’aurai réglé cette affaire avec cet enculé, me suis-je dit. Il marchait vite, très vite, esquivait, ralentissait sa cadence pour mieux doubler le moment d’après. Je l’ai suivi comme j’ai pu en essayant d’adapter ma vitesse à la marée humaine. Et puis, je l’ai perdu de vue. Son rythme était trop rapide : on sentait le marcheur de haut niveau. Le monde autour de moi, le bruit des talons, leurs cadences désynchronisées, les bousculades, les visages fermés rivés sur le sol, les grands, les petits, les gros, les moins gros, les hommes, les femmes, les poussettes, les touristes, les non touristes, les travailleurs, les clodos, les riches, les pauvres, les immobiles, les hyper actifs, tout ce monde, dans un sens, dans un autre, semblait avoir décidé de se retrouver comme pour le rendez-vous d’une manif dans ce couloir de métro. Mon attention n’était plus l’homme qui m’avait percuté mais sur la sauvegarde de mon corps de cette foule prise comme de remous et de spasmes autour. Le tout c’était de ne pas se retrouver dans un de ses spasmes pour ne pas se faire écrabouiller. Trouver un endroit pour m’arrêter était le nouvel objectif. La musique me venait aux oreilles. Je m’approchais de percussions africaines. J’attendais de les voir à n’importe quel moment. Marcher, ne pas s’arrêter pour écouter, passer comme si on ne les voyait pas, comme s’ils étaient inexistants, comme si c’était vraiment une source de nuisance. Ne pas admettre qu’on adore les voir, les entendre, ne pas oser leur dire merci de nous faire croire qu’on est la star principale d’un film hollywoodien au moment où le héros est dans une réflexion profonde comme on s’aventure à le faire dans un couloir de métro et qu’une musique accompagne ce moment clé du film. J’ ai surtout envié la distance qu’ils arrivaient à imposer aux passants.

Mes pieds ont heurté un objet. Tout en gardant mon rythme dans le couloir, je l’ai trouvé. C’était un citron, d’un jaune très vif. Une partie de foot s’est improvisée entre les pieds des passants, à leur insu. Sa couleur jaune jurait avec la couleur gris sale du sol. Il rebondissait de pied. Il allait de l’avant, de l’arrière, parfois de côté. Il semblait se moquer d’être dans un couloir de métro. Toutes sortes de pieds ont participé à la partie : des pieds d’hommes d’affaires, neufs, noir et bien cirés, des pieds de femmes sophistiquées, en pointe et à petits talons, des pieds usés par le temps et le manque d’argent, des pieds aux ongles trop longs et trop sales, des pieds de touristes américaines aux allures sportives, des pieds maquillés par du rouge, du rose, des pieds peints au henné aux motifs arabisants, bref toutes sortes de pieds. Le citron, lui était toujours le même. Jaune. Il avait dû se perdre. Je l’ai imaginé tomber d’un panier de courses au milieu de salades, carottes, brocoli, d’une blanquette de veau et d’un filet de poisson. Il a dû vouloir voir le monde. Un coup de pied l’a envoyé se balader hors de ma vue.

Aucune chance de le revoir maintenant. Dépitée, j’ai regardé mes voisins. Ils soufflaient, ils transpiraient, ils puaient, ils étaient tous dans leur monde, à ne pas voir les autres, irrités dès qu’on les approchait de trop près. Mais, qu’est-ce que je fous là ? me suis-je demandée. Tout ça n’avait aucun sens, aucun but. J’étais à dix mille lieux des tempêtes. Je n’étais pas du tout où je devais être. J’ai commencé à me sentir angoissée. Et si j’étais perdue quelque part ? Vite, le portable. J’ai pris le portable et j’ai appuyé sur l’unique touche. Pas de couverture de réseau. Je croyais rêver. En fait, j’étais dans un cauchemar. D’habitude, je ne me souviens pas de mes cauchemars. Peut-être que j’étais dans un de mes cauchemars puisqu’il m’avait dit que je serai dans mon monde. Je n’avais pas eu le temps de réaliser que nous avions sacrément ralenti que j’ai vu un train débouler dans la station. Cette course m’avait amené sur un quai. Tout le monde s’est resserré pour être plus près des portes. Je ne pouvais pas sortir de là. En face de moi, il y a avait un dos de chemise, à droite une chevelure abondante qui chatouillait mon nez, à gauche une poussette qui ressemblait plus à une formule 1, et derrière moi, je n’avais pas envie de savoir ce qui était derrière moi, mais je pouvais bien imaginer que c’était un homme parce que je sentais je sentais son souffle lourd dans ma nuque. On est monté dans le train avant que tout le monde ne soit sorti. S’en est suivi, un espèce de mouvement de va et vient entre le bord du quai et la porte du métro avec mon bras qui a été emporté par une femme qui descendait. Mon portable ! J’ai cru qu’elle voulait me le voler, mais, en fait, elle était juste malpolie, mal élevée et furieuse pour je ne sais quelle raison. J’ai réussi à fourrer mon portable dans ma poche. J’ai décidé de garder ma main dans ma poche pour le surveiller. Ça poussait derrière pour que mille autres personnes puissent entrer alors que ça faisait un moment qu’il n’y avait plus de place pour personne. Par quel miracle, nous sommes tous entrés. Je me suis retrouvée collée à la vitre, de la porte en face de l’entrée du train. J’ai eu le réflexe de regarder le nom de la station. La peur a vraiment gagné tout mon corps quand je me suis rendue compte que cette station n’avait pas de nom. Je ne savais pas où j’allais, ni où j’étais. La seule chose qui m’a rassuré, c’est que je connaissais le métro, son fonctionnement, ses règles. Je trouverais une sortie à un moment. Je n’ai pas voulu penser au pire. En tout cas, les gens ne semblaient pas me vouloir du mal. En fait, ils se foutaient éperdument de mon existence. Le signal sonore annonçait la fermeture des portes. Le train a démarré. J’ai vu un homme sur le quai d’en face se baisser pour ramasser quelque chose près de ses pieds. Je ne voyais pas ce qu’il voulait ramasser. Ça m’a intriguée. Le train démarrait. Je voulais absolument voir ce qu’il ramassait. C’est le genre de truc qui me rend dingue, l’idée de se dire qu’on ne saura jamais e qui s’est passé parce qu’il sera impossible de revenir en arrière pour voir l’homme et lui poser la question. J’ai horreur de ne pas savoir. Même les plus petits détails. Il m’est déjà arrivé dans un couloir de métro de reculer de quelques pas pour lire la fin d’une pub pour savoir tout ce qui a été écrit. Le train s’engageait dans le tunnel. Il s’est relevé et tenait dans sa main un citron jaune vif. Je l’ai vu le mettre dans sa poche. Et sourire.

jeudi 26 juillet 2007

D'humeur massacrante

L'inconvénient quand on vit seul, c'est qu'on ne sait pas si on est d'humeur massacrante avant qu'on est adressé la parole à quelqu'un.

J'aurai dû m'en douter quand j'ai rendu ma clef à la réception de l'hôtel. On fait le même boulot mais putain, ce qu'elle était pas agréable. J'ai dû ressentir un truc du genre "va chier conasse" mais je ne l'ai pas formulé.

J'ai pris le tram pour la Gare du Midi. Départ 9h13 de Bruxelles. Arrivée 10h38, Paris Gare du Nord.
J'ai la gerbe dans le tram. Pas assez dormi hier soir. Trop de vin et de cigarettes la veille au soir avec en prime un moustique qui m'a tourné autour pendant ce qui m'a paru être toute la nuit. Une fille parlait au téléphone dans le tram. ça me saoûlait. Ouais, j'aurai dû m'en douter à ce moment-là que j'étais d'humeur massacrante. J'ai eu des pensées limites racistes. Avec son accent blege, pourquoi parle-t-elle aussi fort??? Si j'y pense bien, elle parlait normalement mais ça me cassait les oreilles. J'avais envie de silence et pas d'entendre 5 fois de suite qu'elle allait à la Gare du Midi. C'est à croire que l'autre au bout du fil ne comprenait rien à ce qu'elle disait.

Arrivée Gare du Midi. Je me prends un thé vert avec un croissant et une bouteille d'eau. Le thé va me faire du bien. La caissière, un peu speed avec la file d'atente, me stresse. Elle prend sa voix faussement aimable des vendeuses de magasin. "Vous voulez bien avancer Madame", la voix forte, le sourire emprunté. Je ne vais pas assez vite pour payer, prendre mon plateau. La dame derrière moi devient ma voisine. "ah!", dit la caissière. Quoi, quoi, quoi!!!! Je te paie, non? Donne-moi 2 minutes pour sortir mon porte-monnaie!Putain! T'as un train à prendre? Non? Ben, moi si. J'aurai dû m'en douter que j'étais d'humeur massacrante.

9h05. Je suis sur le quai. Bon, il va pas tarder à arriver.

Déjà, le train a du retard. ça me saoûle mais j'arrive à me dire que c'est pas grave. En fait, ce qui me saoûle c'est qu'à aucun moment, on nous dit que le train a du retard alors qu'il en a. C'est la moindre des choses, merde, quand même de s'excuser!

Je regarde mon billet à 19 euros non remboursable, non échangeable. Fenêtre. Cool! Je vais pouvoir dormir. A l'arrivée du train (enfin!), tout le monde se rue à la porte. Moi la première. J'ai un peu honte alors je me la joue civilisée en restant à ma place et en évitant de pousser. Mais, j'ai envie que d'une chose:c'est de gueuler sur le touriste coréen que j'ai repéré tout à l'heure. Il porte sur son visage l'angoisse du touriste qui va louper son train. Il est là le train! Il va pas bouger jusqu'à ce que tout le monde soit monté! Putain, ce que j'étais d'humeur à tuer tout le monde mais que je le savais pas encore.

On rentre dans le train. Il y a ceux qui se dépêchent de se mettre à leur place en pensant à ceux de derrière pour qu'ils avancent et puis il y a ceux qui prennent leur temps dans l'allée pour sortir leur livre, leurs petites affaires avant de ranger leur sac, et puis il y a ceux qui arrivés au milieu du wagon se rendent compte qu'ils ne sont pas dans la bonne voiture. Mais, celle d'avant. Alors, tranquillement, pépère, ils se retournent et passent dans le sens inverse de la file vers leur voiture comme si les gens qui se trouvent devant eux n'existaient pas. Alors, d'abord pas de "excusez-moi" ou de je-me-mets-sur-le-côté-histoire-de. Non, non. ils t'écrasent les pieds pour passer. Disons-le franchement, ils font chier tout le monde. En plus, ils font partie de ceux qui ont des valises super lourdes. Putain! Ce que les gens sont sans-gênes. Je sais pas, ils ont peur qu'on leur pique leur place? ils ont pas remarqué qu'il y avait un numéro de siège sur le billet? Donc, il a fallu que je me pousse, de ma propre initiative, pour qu'ils passent dans l'allée étroite, je dis bien étroite, avec leurs grosses valises. Si j'avais décidé d'être aussi con qu'eux, on y serait encore. Dans l'allée.

Je m'installe à ma place.Il y a personne à côté de moi. Cool, je vais pouvoir dormir.

C'est quand il m'a parlé que j'ai su que j'ai su que j'étais d'humeur massacrante. Il m'a demandé s'il y avait quelqu'un à côté de moi. Jui lai répondu que non. Et puis, il commence à me raconter sa vie du style "oui, parce que je viens de...". je l'interromps: "Vous faites comme vous voulez". C'est quand j'ai prononcé cette phrase que j'ai senti à quel point j'étais de super mauvaise humeur. C'est marrant, il y a toujours ce mythe avec les copines qu'on peut rencontrer l'homme de sa vie dans des lieux insolites, comme le train. Ben lui, c'est pas l'homme de ma vie. A peine il a parlé qu'il m'a saoûlé.

Il s'installe tranquillement à côté de moi. Il a disparu quand les contrôleurs sont passés. Un fraudeur. Je ne sais pas pourquoi je me suis imaginée en train de le dénoncer aux contrôleurs. Et je me suis dit que c'était super beauf de faire ça. Après j'ai commencé à imaginer comment la compagnie de train pouvait limiter les fraudeurs mais pas en utilisant la délation (c'est trop dégueulasse!) mais avec plus de contrôles, en les cherchant dans des endroits insolites comme les toilettes. Après tout, chacun sa vie. S'il fraude, c'est qu'il y a une raison. Jessaie de m'endormir.

Il revient. Je m'installe en mettant mes pieds sur mon sac à main au cas où il veuille me le piquer. J'ai 10 euros dans mon porte-monnaie. Mais, j'ai un passport. Il pourrait le revendre! Ou pire, il pourrait me piquer mon billet (j'ai quand même vérifié en sortant du train). Il sort son portable et le consulte.

Un bébé joue quelques sièges derrière moi. J'essaie d'évaluer les bruits qui vont m'empêcher de dormir. En fait, sa mère le fait jouer. C'est pas désagréble à entendre. Par contre, un téléphone portable sonne toutes les 15 minutes. A chaque fois qu'il s'arrête de sonner et que j'entend son propriétaire parler, j'attends la prochaine sonnerie qui va me saoûler. Un autre voyageur dit timidement "Téléphone!". Je regrette qu'il ne le dise pas plus fort, histoire de lui foutre la honte.

Tout le wagon est silencieux, même le bébé. Il y a juste un mec, un seul qui fait chier tout le monde avec son putain de téléphone. Et puis, c'est pas la sonnerie discrète! Non, c'est fort! Il y a que les beaufs qui mettent leur sonnerie fort, histoire que tout le monde ait bien compris qu'ils ont un téléphone et qu'ils ont une vie sociale débordante. Avec des sonneries aussi fréquentes, ça doit être sa mère qui l'appelle.

Je m'endors quand même. La bouche ouverte, je crois. Et puis, je m'en fous s'il me voit. C'est pas le prince charmant! Quand je me réveille, je vois mon voisin en train de feuilleter mon journal. Je le regarde. Il me fait un grand sourire. Je lui dit: "Vous auriez pu demander". " Je n'ai pas voulu vous réveiller", dit-il gentiment en retournant à sa lecture. Je referme les yeux. Je me rends compte que ça ne me fâche pas vraiment qu'il lise mon journal.

Le téléphone de l'autre blaireau sonne. Mon sang ne fait qu'un tour. Je gueule: "Téléphone!". Un mec assis le siège devant moi rigole. Je sens mon voisin amusé. Je sais que j'ai des alliés mais des alliés silencieux. Parce que c'est quand même moi qui passe pour la beauf qui gueule!

Je rouvre les yeux. je regarde dehors. on est à Paris. Je mets mes chaussures. Mon voisin plie mon journal et me le tend. Il disparait. C'est à ce moment-là que j'ai vérifié dans mon sac. Rien ne manque. J'ai un peu honte. Mais, bon, je suis de mauvais poil, alors, me faites pas chier! Aujourd'hui, je vais bosser et j'ai vraiment pas envie d'y aller! Je vais encore voir plein de touristes à l'hôtel qui veulent savoir comment aller à Versialles, aux Deux Magots, au Moulin Rouge, les trucs de touristes, quoi. J'en ai ma dose!

Le train s'arrête. Là, encore, aucune courtoisie pour sortir.

Je prends le métro. Une ado qui pue, l'air punk, se goinfre d'un Kinder Bueno, dont elle jette allègrement le papier par terre. Elle pue. J'ai pitié. Je la regarde du coin de l'oeil. Elle doit avoir 16 ans. Elle a pas l'air net et surtout elle n'a pas l'air de s'être lavé depuis un moment. Elle a les sacs plastiques remplis de conneries qu'ont les SDF. Putain quel monde de merde! C'est une môme!

J'arrive à ma station. Bir-Hakeim. A côté de la Tour Eiffel. Traduction:blindé de touristes qui marchent à 2 à l'heure et qui savent pas où est la Tour Eiffel.

Je sors vite pour être le plus rapidement chez moi. J'ai pas fumé depuis ce matin. ça doit ête ça, aussi. Les gens sortent lentement, ils s'arrêtent au milieu de tout, pour voir où est leur conjoint, leurs enfants!

Entrée de mon immeuble. Un mec sort de l'ascenseur au moment où j'arrive sur le palier. Il semble vérifier le fonctionnement de l'ascenseur. J'ai un doute. Il ressemble au ramoneur avec qui je me suis engueulé parce qu'il ne voulait pas comprendre qu'on avait déjà fait ramoné la cheminée et surtout qui me foutait un peu les jetons parce qu'ils étaient trois! il me regarde l'air pas content. Je lui demande "Vous attendez quelqu'un?" "Non, merci!" Quoi, quoi, quoi? C'est quoi ton problème au juste?

Je ferme la porte. Je pose mon sac.

Putain! Qu'est-ce que je suis conne quand je suis d'humeur massacrante!!!