Ceux qui pratiquent l'arrivée du métro de la ligne 6 à la station Charles-de-Gaulle Etoile, terminus de la ligne, auront déjà entendu le message du conducteur qui signale l'arrivée en gare et surtout la sortie à gauche du wagon, dans le sens de la marche. Beaucoup connaissent la combine de sortir à droite, entrée des nouveaux passagers du métro qui repartent dans l'autre sens, pour n'avoir qu'à traverser le quai afin de récupérer la ligne 1 direction Château de Vincennes. Cela évite plusieurs escaliers au grand dam des nouveaux passagers, pressés de se trouver une place assise, qui pestent quand on se trouve sur "leur" chemin. On peut gagner de précieuses secondes si on est déjà bien placé dans le wagon (en tête)et si on guette, à peine le train arrivé en gare,le métro de la ligne 1. On n'a plus alors que quelques secondes pour se faufiler du métro et courir vers le quai d'en face. Ce n'est pas une tâche facile: il y a les passagers de la ligne 6 qui veulent entrer dans le wagon et après le flot humain de la ligne 1, qui lui aussi, se précipite vers la ligne 6. Bref, on se retrouve deux fois à contre sens. Et ça, dans la culture complexe du métro, c'est interdit! Quoiqu'il en soit, j'ai réussi cet exercice d'acrobate (comme bien d'autres avant moi d'ailleurs). Mais, j'avoue, jusqu'à ce qu'on soit dans le wagon, il ne faut pas crier victoire. Tout peut arriver! Un passant distrait, un groupe de touristes, une mère et sa poussette, une vieille dame qui marche à son rythme. Tout dépend des conditions extérieures.
Aujourd'hui, je vois le train d'en face arriver. Je ne suis pas si bien placée que ça. Il me manque quelques mètres pour être en face du passage vers le quai de la ligne 1. Le train arrive et s'arrête. Les portes s'ouvrent (certains conducteurs viciuex laissent les portes fermées le temps que le métro de la ligne 1 reparte: ceux-là finiront en enfer pour nous faire suer autant!). Je me faufile, j'esquive, je m'approche. Plus que quelques pas, la sonnerie du wagon retentit. J'entend les portes du métro commencer à glisser. Un pas, deux pas, une petite élancée et hop! A peine suis-je dans le wagon que les portes se ferment derrière moi. Je suis un peu surprise. Les portes du wagon auraient dû me frôler. J'aurai dû être un peu bousculée. Et là, rien. Même l'homme devant moi paraît surpris. C'est elle qui m'a fait sourire. Elle doit avoir 5 ou 6 ans. Elle est debout à côté de son frère et elle me regarde avec toute l'admiration qu'un acrobate peut susciter. Elle se baisse vers son frère, attend quand même que je me sois éloignée pour lui chuchoter dans le creux de l'oreille: "Tu as vu ce qu'elle a fait?". J'ai souri. Qu'une petite fille m'admire pour ma prouesse d'entrée en wagon me fait très plaisir. Elle m'a grillé en fait. Elle nous a tous grillé. Parce qu'on s'amuse tous à défier le métro de la sorte, au mépris des consignes de sécurité des conducteurs du métro et quand on y arrive, on ne peut pas s'en empêcher, on sourit, on guette d'ailleurs un complice de jeux.Un autre sourire d'amusement. Et puis la vie reprend son cours. Comme le métro.
Voilà pourquoi j'ai souri aujourd'hui.
Qui êtes-vous ?
Ce que j'espère aujourd'hui
Que demain ne sera pas comme aujourd'hui.
Q'un jour tout soit beau, doux et ensoleillé autour de moi.
Que le rêve prenne la place de la réalité.
Que je ne sois plus tout à fait qui je suis aujourd'hui mais un peu plus qui j'ai envie d'être.
Que la journée ne commence pas comme aujourd'hui et tous les autres jours avant.
Que l'avenir tienne ses promesses.
Que la journée ne se termine pas comme aujourd'hui et tous les autres jours avant.
Que le passé me lâche la grappe.
Que cette routine cesse.
Que l'aventure se glisse dans mon quotidien.
Que la vie soit ce qu'elle avait promis d'être.
Pas celle d'aujourd'hui.
C'est ce que j'espère aujourd'hui.
Ps: écrire ce type de texte fonctionne beaucoup mieux en écoutant Paradise Circus de Massive Attack. Essayez, vous verrez.
Q'un jour tout soit beau, doux et ensoleillé autour de moi.
Que le rêve prenne la place de la réalité.
Que je ne sois plus tout à fait qui je suis aujourd'hui mais un peu plus qui j'ai envie d'être.
Que la journée ne commence pas comme aujourd'hui et tous les autres jours avant.
Que l'avenir tienne ses promesses.
Que la journée ne se termine pas comme aujourd'hui et tous les autres jours avant.
Que le passé me lâche la grappe.
Que cette routine cesse.
Que l'aventure se glisse dans mon quotidien.
Que la vie soit ce qu'elle avait promis d'être.
Pas celle d'aujourd'hui.
C'est ce que j'espère aujourd'hui.
Ps: écrire ce type de texte fonctionne beaucoup mieux en écoutant Paradise Circus de Massive Attack. Essayez, vous verrez.
Ce que j'ai à dire aujourd'hui
L'idée c'était d'écrire tous les jours. Mais, je n'ai pas tous les jours les yeux ouverts. Aujourd'hui, pas moyen d'avoir les yeux ouverts sur le monde extérieur. Cachée à l'intérieur pour mieux résister aux agressions extérieures. Rester dans le monde intérieur pour ne pas se laisser happer par l'extérieur. Et quand je dis l'extérieur, c'est les autres. C'est comme si fatiguée, je perçois toutes les névroses des autres. Exaltée, je ne vois que ce qu'il y a de bon. Un peu biblique, je sais. Mais, c'est quand je rentre en phase de résistance que je m'enferme. Enfermement, isolement, solitude, le réel devient irréel. Dire ce que j'ai vu aujourd'hui me fatigue d'avance. Parce qu'il n'y a rien à dire sur un client qui fait un foin parce que "the maid" a mis des oreillers à sécher et qu'il ne peut pas sécher son linge. C'est pas grave mec. C'est le même américain qui a décidé de nous faire chier dès que l'occasion se présente. J'ai fait ce qu'il aurait pu faire si la logique faisait partie de son vocabulaire. J'ai enlevé les oreillers en plein mode de séchage et je lui ai laissé la voie libre. Avec 17 minutes de séchage gratos. A sa gueule, on pouvait voir qu'il était ravi d'arnaquer l'hôtel de 17 minutes. En insistant un peu, j'ai senti que je pourrai le tenter avec un jeton gratuit (pour les non-initiés, et là je reprends une expression de scientifiques pour le commun des mortels), un jeton correspondant à temps limité de sèche-linge,comme dans n'imorte quel laverie. Les initiés comprendront le casse-couille que j'avais en face de moi.Est-ce que c'est ça la vie? Pourquoi est-ce que nous ne fait pas des cours à l'école pour nous prévenir qu'il y a toutes ces attitudes mesquines qui vont accompagner notre quotidien? Pourquoi est-ce que nos parents ne nous apprennent que la vie consite à se préserver de ces mesquineries?
Seul moment imprévisible de la journée: dans le métro à 22h passées, un homme s'endort et arrive à suspendre toutes les conversations par son ronflement. Sur l'instant, sourire en coin chez tout le monde, mais dans l'absolu, d'une tristesse absolue. Qui est si fatigué, abruti soit par le travail ou l'alcool, pour s'endormir à poings fermés dans un wagon de métro? Tristesse qui me plonge davantage dans la relecture de Black Album de Hanif Kureishi. Voilà ce que j'ai à dire aujourd'hui.
Seul moment imprévisible de la journée: dans le métro à 22h passées, un homme s'endort et arrive à suspendre toutes les conversations par son ronflement. Sur l'instant, sourire en coin chez tout le monde, mais dans l'absolu, d'une tristesse absolue. Qui est si fatigué, abruti soit par le travail ou l'alcool, pour s'endormir à poings fermés dans un wagon de métro? Tristesse qui me plonge davantage dans la relecture de Black Album de Hanif Kureishi. Voilà ce que j'ai à dire aujourd'hui.
Ce que j'ai vu aujourd'hui
Réveillée à 5 heures, assoiffée à cause du vin que j'ai bu hier soir.Je n'aurai pas dû le prendre ce dernier verre. Journée ennuyeuse au travail. Pas de surprise, juste la routine, les mêmes gestes, les mêmes réponses. Ce qui change dans mon boulot ce sont les clients que je vois. J'ai vu une famille américaine qui vient à Paris grâce à l'association Make a wish. Elle rend vie aux rêves des enfants atteints de maladies graves. Les parents ont la pêche et ils étaient ravis d'arriver à Paris. Bon, sous la pluie mais c'est leur première fois à Paris. Je ne sais pas pourquoi j'ai imaginé le père, seul, sur le pas d'une porte, être sombre à l'idée de se dire que sa fille ne le survivrait pas et qu'il fallait vivre chaque seconde avec cette enfant. Leur fils a une prothèse à la jambe. Et les parents sont dans la communication constante avec leurs enfants. Ils s'amusaient à apprendre des nouveaux mots en français parce que les enfants veulent apprendre le français. Je ne pense pas avoir répondu à leurs attentes d'accueil. J'étais spectatrice alors que j'avais l'occasion d'être actrice dans le déroulement de leur voyage. Je suis la personne qui les accueille pour la première fois en France. J'ai réussi à placer un "Nous sommmes ravis de vous accueillir", mais ça m'a coûté. Utiliser des formules toutes faites qui selon moi entâcherait la sincérité, je pourrais presque dire la pureté de leur voyage, ne me paraissaient pas être adéquat. Et puis, c'est quand je leur ai sorti cette phrase que j'ai réussi à leur décrocher un sourire. Comme quoi, parfois, il ne faut pas chercher midi à 14 heures.
Plus tard, un autre client, encore américain, qui reste plusieurs mois à l'hôtel. On a parlé du changement à Châtelet, la plus grande fourmillière à mes yeux à Paris (quoique Gare du Nord, c'est pas mal aussi!). Il trouve amusant de voir les gens marcher si vite. Je l'ai prévenu qu'il allait arriver un temps où ça ne le ferait plus rire. Je lui ai déjà soufflé un autre itinéraire, en bus, pour se rendre à Roissy.
Après cette journée exténuante d'ennui, à part ces apartés, le métro. Le plaisir d'être au milieu de la masse. Une femme, type antillaise, parlait au téléphone dans ce qui ressemblait à un créole anglophone. Je comprenais les quelques mots d'anglais qu'elle prononçait. ça avait l'air d'être de la plus grande importance. Le type à côté d'elle, type moyen-orient, plus jeune, un casque aux oreilles, totalement indifférent à la conversation téléphonique animée de sa voisine. Juste derrière, une femme, type européen, la soixantaine, le look "j'ai du fric mais je suis plutôt intello- avec ses lunettes à grosses montures rouges- et je vote à gauche" plongée dans la lecture d'un journal. A côté du jeune homme au casque, une mère de famille noire, perd de vue son fils dans le wagon blindé. Elle l'appelle. On entend l'enfant répondre. La mère est rassurée. "Tu restes bien où tu es. On sort dans 5 stations." Deux stations avant l'arrêt, elle répète les indications. Il utilise le ton saoûlé qu'on a tous utilisé avec nos parents: "oui, je sais, j'ai bien compris." A la vois,il ne doit pas avoir plus de 10 ans. Je n'ai jamais vu le garçon. Looks différents, couleurs de peau différentes, coupes de cheveux différentes. C'est comme ça que j'aime le métro. Après le métro, je suis allée me prendre une bouffée d'air frais havrais. Ils se reconnaitront.
Voilà, c'est ce que j'ai vu aujourd'hui.
Plus tard, un autre client, encore américain, qui reste plusieurs mois à l'hôtel. On a parlé du changement à Châtelet, la plus grande fourmillière à mes yeux à Paris (quoique Gare du Nord, c'est pas mal aussi!). Il trouve amusant de voir les gens marcher si vite. Je l'ai prévenu qu'il allait arriver un temps où ça ne le ferait plus rire. Je lui ai déjà soufflé un autre itinéraire, en bus, pour se rendre à Roissy.
Après cette journée exténuante d'ennui, à part ces apartés, le métro. Le plaisir d'être au milieu de la masse. Une femme, type antillaise, parlait au téléphone dans ce qui ressemblait à un créole anglophone. Je comprenais les quelques mots d'anglais qu'elle prononçait. ça avait l'air d'être de la plus grande importance. Le type à côté d'elle, type moyen-orient, plus jeune, un casque aux oreilles, totalement indifférent à la conversation téléphonique animée de sa voisine. Juste derrière, une femme, type européen, la soixantaine, le look "j'ai du fric mais je suis plutôt intello- avec ses lunettes à grosses montures rouges- et je vote à gauche" plongée dans la lecture d'un journal. A côté du jeune homme au casque, une mère de famille noire, perd de vue son fils dans le wagon blindé. Elle l'appelle. On entend l'enfant répondre. La mère est rassurée. "Tu restes bien où tu es. On sort dans 5 stations." Deux stations avant l'arrêt, elle répète les indications. Il utilise le ton saoûlé qu'on a tous utilisé avec nos parents: "oui, je sais, j'ai bien compris." A la vois,il ne doit pas avoir plus de 10 ans. Je n'ai jamais vu le garçon. Looks différents, couleurs de peau différentes, coupes de cheveux différentes. C'est comme ça que j'aime le métro. Après le métro, je suis allée me prendre une bouffée d'air frais havrais. Ils se reconnaitront.
Voilà, c'est ce que j'ai vu aujourd'hui.
Ce que j'ai osé faire aujourd'hui
Je suis en recherche d'emploi. Enfin! 5 ans dans le même boulot de merde! Oui, je sais, j'ai appris plein de choses. J'ai voulu me créer une alerte sur un site d'emploi pour cadre, que je citerai pas. Apparamment, mon ancien compte était désactivé alors j'ai appelé leur service clients. Je suis tombée sur un "conseiller" qui parlait très doucement et dont la voix était très agréable. Je ne comprenais ses directives, alors il répétait les mêmes phrases et ça m'a donné l'impression d'être un peu bête. Résultat des courses, en me posant des questions, il m'a "conseillé" de récupérer un statut de cadre (que je n'ai jamais eu!) pour pouvoir bénéficier de leurs conseils (c'est un club privé donc!) et je ne sais pas pourquoi quand il m'a dit :"Aurevoir Madame M", j'ai corrigé le Madame en Mademoiselle.Sur ce, il a répondu qu'il était confus. S'en est ensuivi le silence gêné d'une conversation qui tend dans une toute autre direction. Ou alors, c'est ce que j'imaginais. Parce qu'en fait, pour retrouver mon compte, il m'a demandé ma date de naissance. Donc, en un coup de fil, j'apprends que je n'ai pas beaucoup de chances de passer en statut cadre un jour (oui, je sais, j'imagine toujours le pire) et en plus je drague les "conseillers" au téléphone, qui doivent se dire qu'à mon âge (juste au-dessus de la barre des 30 ans), je suis suffisamment désespérée pour tenter une approche de drague lamentable. Voilà ce que j'ai osé faire aujourd'hui.
TUNNEL
TUNNEL
J’ai pensé faire demi-tour. Le bruit des talons était assourdissant. Toutes ces personnes qui marchaient comme des soldats dans ce couloir de métro.
J’étais contre la porte. Je me suis retournée pour l’ouvrir et rebrousser chemin. Elle était fermée à clef. Mince ! Il y a quelques minutes encore, j’étais passée par cette porte. J’ai joué avec la poignée plusieurs fois, j’ai regardé par la serrure. Pas de clé. Mais, je pouvais distinguer ce qu’il y avait derrière la porte. Pliée en deux, comme si j’avais mal au ventre, je me concentrais pour mettre un nom sur les formes que mon œil communiquait à mon cerveau. Des balais serpillières, des seaux. Je n’en croyais pas mes yeux. Un regard sur la porte comme pour vérifier quelque chose : porte de service. Pourtant, cette porte était bien l’aboutissement d’un tunnel que je venais d’emprunter. J’avais suivi les instructions du guide. Rêveuse, je suis restée devant la porte :
« Je vous propose de faire un voyage. Ce n’est pas un voyage au sens strict du terme. Mais, ça n’en reste pas moins un voyage. Difficile. Sachez-le. Mais, je vois que vous êtes décidée à arrêter ces tempêtes. Il vous faut comprendre d’où vous est venue ce pouvoir. Apparemment, vous ne vous souvenez pas .
Il y a une porte ici, m’a-t-il montré du doigt. C’était une porte très banale en bois, avec une poignée. A partir du moment où vous passez cette porte, vous traverserez un tunnel au bout duquel il y aura, non, pas la lumière, a t-il dit en ricanant bêtement, mais une autre porte. Ce qu’il y a derrière, je ne pourrai vous le dire. Ça ne dépends que de vous.
J’écoutais avec une très grande attention.
« Je vous laisse un téléphone portable. Comme vous le voyez, il n’y a qu’une seule touche. Si à un moment, vous ne voulez plus continuer, vous pouvez m’appeler. » J’étais prête à tout pour arrêter ces tempêtes mais son plan me paraissait inquiétant. Ça a dû se voir parce qu’il m’a dit : « Il n’y aucune inquiétude à avoir. Ce que vous verrez, c’est votre monde. La seule consigne à retenir, c’est de suivre votre instinct, le chemin qui vous semble le plus approprié. » Mon monde ! S’il est fait de tempêtes, je ne sais pas si je ne dois pas m’inquiéter !
J’ai accepté. Et la Lionne ? Je vais lui expliquer, m’a t-il dit. Elle comprendra. Moi aussi je pense qu’elle comprendra. Et puis, au moins, elle sait où je suis s’il s’avère que c’est un taré.
C’est ce que je me disais devant cette porte. Que j’avais suivi les instructions loufoques d’un fou. Je me retrouvais prisonnière dans un couloir de métro. Je voulais rentrer à la maison. J’étais sur le point d’essayer encore une fois d’ouvrir cette porte quand un homme m’a percuté avec toute la force de son élan. Il s’est retourné pour constater ce qui l’avait bousculé. Je lai engueulé : « Hé, faut regarder où on marche ! » Il avait l’air estomaqué. il ne me regardait pas vraiment. Il semblait regarder dans ma direction mais sans me voir. Son visage exprimait l’incompréhension puis l’idée qu’il avait rêvé. Il a fait demi-tour et a repris le cours de ce flot humain. La colère, probablement causée par la douleur de mon épaule meurtrie, m’a décidé de le suivre pour lui dire deux mots. Dans un vocabulaire que j’avais déjà choisi. Mes mais dans les poches, j’ai senti le téléphone dans ma poche droite. Je l’ai serré. J’appellerai une fois que j’aurai réglé cette affaire avec cet enculé, me suis-je dit. Il marchait vite, très vite, esquivait, ralentissait sa cadence pour mieux doubler le moment d’après. Je l’ai suivi comme j’ai pu en essayant d’adapter ma vitesse à la marée humaine. Et puis, je l’ai perdu de vue. Son rythme était trop rapide : on sentait le marcheur de haut niveau. Le monde autour de moi, le bruit des talons, leurs cadences désynchronisées, les bousculades, les visages fermés rivés sur le sol, les grands, les petits, les gros, les moins gros, les hommes, les femmes, les poussettes, les touristes, les non touristes, les travailleurs, les clodos, les riches, les pauvres, les immobiles, les hyper actifs, tout ce monde, dans un sens, dans un autre, semblait avoir décidé de se retrouver comme pour le rendez-vous d’une manif dans ce couloir de métro. Mon attention n’était plus l’homme qui m’avait percuté mais sur la sauvegarde de mon corps de cette foule prise comme de remous et de spasmes autour. Le tout c’était de ne pas se retrouver dans un de ses spasmes pour ne pas se faire écrabouiller. Trouver un endroit pour m’arrêter était le nouvel objectif. La musique me venait aux oreilles. Je m’approchais de percussions africaines. J’attendais de les voir à n’importe quel moment. Marcher, ne pas s’arrêter pour écouter, passer comme si on ne les voyait pas, comme s’ils étaient inexistants, comme si c’était vraiment une source de nuisance. Ne pas admettre qu’on adore les voir, les entendre, ne pas oser leur dire merci de nous faire croire qu’on est la star principale d’un film hollywoodien au moment où le héros est dans une réflexion profonde comme on s’aventure à le faire dans un couloir de métro et qu’une musique accompagne ce moment clé du film. J’ ai surtout envié la distance qu’ils arrivaient à imposer aux passants.
Mes pieds ont heurté un objet. Tout en gardant mon rythme dans le couloir, je l’ai trouvé. C’était un citron, d’un jaune très vif. Une partie de foot s’est improvisée entre les pieds des passants, à leur insu. Sa couleur jaune jurait avec la couleur gris sale du sol. Il rebondissait de pied. Il allait de l’avant, de l’arrière, parfois de côté. Il semblait se moquer d’être dans un couloir de métro. Toutes sortes de pieds ont participé à la partie : des pieds d’hommes d’affaires, neufs, noir et bien cirés, des pieds de femmes sophistiquées, en pointe et à petits talons, des pieds usés par le temps et le manque d’argent, des pieds aux ongles trop longs et trop sales, des pieds de touristes américaines aux allures sportives, des pieds maquillés par du rouge, du rose, des pieds peints au henné aux motifs arabisants, bref toutes sortes de pieds. Le citron, lui était toujours le même. Jaune. Il avait dû se perdre. Je l’ai imaginé tomber d’un panier de courses au milieu de salades, carottes, brocoli, d’une blanquette de veau et d’un filet de poisson. Il a dû vouloir voir le monde. Un coup de pied l’a envoyé se balader hors de ma vue.
Aucune chance de le revoir maintenant. Dépitée, j’ai regardé mes voisins. Ils soufflaient, ils transpiraient, ils puaient, ils étaient tous dans leur monde, à ne pas voir les autres, irrités dès qu’on les approchait de trop près. Mais, qu’est-ce que je fous là ? me suis-je demandée. Tout ça n’avait aucun sens, aucun but. J’étais à dix mille lieux des tempêtes. Je n’étais pas du tout où je devais être. J’ai commencé à me sentir angoissée. Et si j’étais perdue quelque part ? Vite, le portable. J’ai pris le portable et j’ai appuyé sur l’unique touche. Pas de couverture de réseau. Je croyais rêver. En fait, j’étais dans un cauchemar. D’habitude, je ne me souviens pas de mes cauchemars. Peut-être que j’étais dans un de mes cauchemars puisqu’il m’avait dit que je serai dans mon monde. Je n’avais pas eu le temps de réaliser que nous avions sacrément ralenti que j’ai vu un train débouler dans la station. Cette course m’avait amené sur un quai. Tout le monde s’est resserré pour être plus près des portes. Je ne pouvais pas sortir de là. En face de moi, il y a avait un dos de chemise, à droite une chevelure abondante qui chatouillait mon nez, à gauche une poussette qui ressemblait plus à une formule 1, et derrière moi, je n’avais pas envie de savoir ce qui était derrière moi, mais je pouvais bien imaginer que c’était un homme parce que je sentais je sentais son souffle lourd dans ma nuque. On est monté dans le train avant que tout le monde ne soit sorti. S’en est suivi, un espèce de mouvement de va et vient entre le bord du quai et la porte du métro avec mon bras qui a été emporté par une femme qui descendait. Mon portable ! J’ai cru qu’elle voulait me le voler, mais, en fait, elle était juste malpolie, mal élevée et furieuse pour je ne sais quelle raison. J’ai réussi à fourrer mon portable dans ma poche. J’ai décidé de garder ma main dans ma poche pour le surveiller. Ça poussait derrière pour que mille autres personnes puissent entrer alors que ça faisait un moment qu’il n’y avait plus de place pour personne. Par quel miracle, nous sommes tous entrés. Je me suis retrouvée collée à la vitre, de la porte en face de l’entrée du train. J’ai eu le réflexe de regarder le nom de la station. La peur a vraiment gagné tout mon corps quand je me suis rendue compte que cette station n’avait pas de nom. Je ne savais pas où j’allais, ni où j’étais. La seule chose qui m’a rassuré, c’est que je connaissais le métro, son fonctionnement, ses règles. Je trouverais une sortie à un moment. Je n’ai pas voulu penser au pire. En tout cas, les gens ne semblaient pas me vouloir du mal. En fait, ils se foutaient éperdument de mon existence. Le signal sonore annonçait la fermeture des portes. Le train a démarré. J’ai vu un homme sur le quai d’en face se baisser pour ramasser quelque chose près de ses pieds. Je ne voyais pas ce qu’il voulait ramasser. Ça m’a intriguée. Le train démarrait. Je voulais absolument voir ce qu’il ramassait. C’est le genre de truc qui me rend dingue, l’idée de se dire qu’on ne saura jamais e qui s’est passé parce qu’il sera impossible de revenir en arrière pour voir l’homme et lui poser la question. J’ai horreur de ne pas savoir. Même les plus petits détails. Il m’est déjà arrivé dans un couloir de métro de reculer de quelques pas pour lire la fin d’une pub pour savoir tout ce qui a été écrit. Le train s’engageait dans le tunnel. Il s’est relevé et tenait dans sa main un citron jaune vif. Je l’ai vu le mettre dans sa poche. Et sourire.
J’ai pensé faire demi-tour. Le bruit des talons était assourdissant. Toutes ces personnes qui marchaient comme des soldats dans ce couloir de métro.
J’étais contre la porte. Je me suis retournée pour l’ouvrir et rebrousser chemin. Elle était fermée à clef. Mince ! Il y a quelques minutes encore, j’étais passée par cette porte. J’ai joué avec la poignée plusieurs fois, j’ai regardé par la serrure. Pas de clé. Mais, je pouvais distinguer ce qu’il y avait derrière la porte. Pliée en deux, comme si j’avais mal au ventre, je me concentrais pour mettre un nom sur les formes que mon œil communiquait à mon cerveau. Des balais serpillières, des seaux. Je n’en croyais pas mes yeux. Un regard sur la porte comme pour vérifier quelque chose : porte de service. Pourtant, cette porte était bien l’aboutissement d’un tunnel que je venais d’emprunter. J’avais suivi les instructions du guide. Rêveuse, je suis restée devant la porte :
« Je vous propose de faire un voyage. Ce n’est pas un voyage au sens strict du terme. Mais, ça n’en reste pas moins un voyage. Difficile. Sachez-le. Mais, je vois que vous êtes décidée à arrêter ces tempêtes. Il vous faut comprendre d’où vous est venue ce pouvoir. Apparemment, vous ne vous souvenez pas .
Il y a une porte ici, m’a-t-il montré du doigt. C’était une porte très banale en bois, avec une poignée. A partir du moment où vous passez cette porte, vous traverserez un tunnel au bout duquel il y aura, non, pas la lumière, a t-il dit en ricanant bêtement, mais une autre porte. Ce qu’il y a derrière, je ne pourrai vous le dire. Ça ne dépends que de vous.
J’écoutais avec une très grande attention.
« Je vous laisse un téléphone portable. Comme vous le voyez, il n’y a qu’une seule touche. Si à un moment, vous ne voulez plus continuer, vous pouvez m’appeler. » J’étais prête à tout pour arrêter ces tempêtes mais son plan me paraissait inquiétant. Ça a dû se voir parce qu’il m’a dit : « Il n’y aucune inquiétude à avoir. Ce que vous verrez, c’est votre monde. La seule consigne à retenir, c’est de suivre votre instinct, le chemin qui vous semble le plus approprié. » Mon monde ! S’il est fait de tempêtes, je ne sais pas si je ne dois pas m’inquiéter !
J’ai accepté. Et la Lionne ? Je vais lui expliquer, m’a t-il dit. Elle comprendra. Moi aussi je pense qu’elle comprendra. Et puis, au moins, elle sait où je suis s’il s’avère que c’est un taré.
C’est ce que je me disais devant cette porte. Que j’avais suivi les instructions loufoques d’un fou. Je me retrouvais prisonnière dans un couloir de métro. Je voulais rentrer à la maison. J’étais sur le point d’essayer encore une fois d’ouvrir cette porte quand un homme m’a percuté avec toute la force de son élan. Il s’est retourné pour constater ce qui l’avait bousculé. Je lai engueulé : « Hé, faut regarder où on marche ! » Il avait l’air estomaqué. il ne me regardait pas vraiment. Il semblait regarder dans ma direction mais sans me voir. Son visage exprimait l’incompréhension puis l’idée qu’il avait rêvé. Il a fait demi-tour et a repris le cours de ce flot humain. La colère, probablement causée par la douleur de mon épaule meurtrie, m’a décidé de le suivre pour lui dire deux mots. Dans un vocabulaire que j’avais déjà choisi. Mes mais dans les poches, j’ai senti le téléphone dans ma poche droite. Je l’ai serré. J’appellerai une fois que j’aurai réglé cette affaire avec cet enculé, me suis-je dit. Il marchait vite, très vite, esquivait, ralentissait sa cadence pour mieux doubler le moment d’après. Je l’ai suivi comme j’ai pu en essayant d’adapter ma vitesse à la marée humaine. Et puis, je l’ai perdu de vue. Son rythme était trop rapide : on sentait le marcheur de haut niveau. Le monde autour de moi, le bruit des talons, leurs cadences désynchronisées, les bousculades, les visages fermés rivés sur le sol, les grands, les petits, les gros, les moins gros, les hommes, les femmes, les poussettes, les touristes, les non touristes, les travailleurs, les clodos, les riches, les pauvres, les immobiles, les hyper actifs, tout ce monde, dans un sens, dans un autre, semblait avoir décidé de se retrouver comme pour le rendez-vous d’une manif dans ce couloir de métro. Mon attention n’était plus l’homme qui m’avait percuté mais sur la sauvegarde de mon corps de cette foule prise comme de remous et de spasmes autour. Le tout c’était de ne pas se retrouver dans un de ses spasmes pour ne pas se faire écrabouiller. Trouver un endroit pour m’arrêter était le nouvel objectif. La musique me venait aux oreilles. Je m’approchais de percussions africaines. J’attendais de les voir à n’importe quel moment. Marcher, ne pas s’arrêter pour écouter, passer comme si on ne les voyait pas, comme s’ils étaient inexistants, comme si c’était vraiment une source de nuisance. Ne pas admettre qu’on adore les voir, les entendre, ne pas oser leur dire merci de nous faire croire qu’on est la star principale d’un film hollywoodien au moment où le héros est dans une réflexion profonde comme on s’aventure à le faire dans un couloir de métro et qu’une musique accompagne ce moment clé du film. J’ ai surtout envié la distance qu’ils arrivaient à imposer aux passants.
Mes pieds ont heurté un objet. Tout en gardant mon rythme dans le couloir, je l’ai trouvé. C’était un citron, d’un jaune très vif. Une partie de foot s’est improvisée entre les pieds des passants, à leur insu. Sa couleur jaune jurait avec la couleur gris sale du sol. Il rebondissait de pied. Il allait de l’avant, de l’arrière, parfois de côté. Il semblait se moquer d’être dans un couloir de métro. Toutes sortes de pieds ont participé à la partie : des pieds d’hommes d’affaires, neufs, noir et bien cirés, des pieds de femmes sophistiquées, en pointe et à petits talons, des pieds usés par le temps et le manque d’argent, des pieds aux ongles trop longs et trop sales, des pieds de touristes américaines aux allures sportives, des pieds maquillés par du rouge, du rose, des pieds peints au henné aux motifs arabisants, bref toutes sortes de pieds. Le citron, lui était toujours le même. Jaune. Il avait dû se perdre. Je l’ai imaginé tomber d’un panier de courses au milieu de salades, carottes, brocoli, d’une blanquette de veau et d’un filet de poisson. Il a dû vouloir voir le monde. Un coup de pied l’a envoyé se balader hors de ma vue.
Aucune chance de le revoir maintenant. Dépitée, j’ai regardé mes voisins. Ils soufflaient, ils transpiraient, ils puaient, ils étaient tous dans leur monde, à ne pas voir les autres, irrités dès qu’on les approchait de trop près. Mais, qu’est-ce que je fous là ? me suis-je demandée. Tout ça n’avait aucun sens, aucun but. J’étais à dix mille lieux des tempêtes. Je n’étais pas du tout où je devais être. J’ai commencé à me sentir angoissée. Et si j’étais perdue quelque part ? Vite, le portable. J’ai pris le portable et j’ai appuyé sur l’unique touche. Pas de couverture de réseau. Je croyais rêver. En fait, j’étais dans un cauchemar. D’habitude, je ne me souviens pas de mes cauchemars. Peut-être que j’étais dans un de mes cauchemars puisqu’il m’avait dit que je serai dans mon monde. Je n’avais pas eu le temps de réaliser que nous avions sacrément ralenti que j’ai vu un train débouler dans la station. Cette course m’avait amené sur un quai. Tout le monde s’est resserré pour être plus près des portes. Je ne pouvais pas sortir de là. En face de moi, il y a avait un dos de chemise, à droite une chevelure abondante qui chatouillait mon nez, à gauche une poussette qui ressemblait plus à une formule 1, et derrière moi, je n’avais pas envie de savoir ce qui était derrière moi, mais je pouvais bien imaginer que c’était un homme parce que je sentais je sentais son souffle lourd dans ma nuque. On est monté dans le train avant que tout le monde ne soit sorti. S’en est suivi, un espèce de mouvement de va et vient entre le bord du quai et la porte du métro avec mon bras qui a été emporté par une femme qui descendait. Mon portable ! J’ai cru qu’elle voulait me le voler, mais, en fait, elle était juste malpolie, mal élevée et furieuse pour je ne sais quelle raison. J’ai réussi à fourrer mon portable dans ma poche. J’ai décidé de garder ma main dans ma poche pour le surveiller. Ça poussait derrière pour que mille autres personnes puissent entrer alors que ça faisait un moment qu’il n’y avait plus de place pour personne. Par quel miracle, nous sommes tous entrés. Je me suis retrouvée collée à la vitre, de la porte en face de l’entrée du train. J’ai eu le réflexe de regarder le nom de la station. La peur a vraiment gagné tout mon corps quand je me suis rendue compte que cette station n’avait pas de nom. Je ne savais pas où j’allais, ni où j’étais. La seule chose qui m’a rassuré, c’est que je connaissais le métro, son fonctionnement, ses règles. Je trouverais une sortie à un moment. Je n’ai pas voulu penser au pire. En tout cas, les gens ne semblaient pas me vouloir du mal. En fait, ils se foutaient éperdument de mon existence. Le signal sonore annonçait la fermeture des portes. Le train a démarré. J’ai vu un homme sur le quai d’en face se baisser pour ramasser quelque chose près de ses pieds. Je ne voyais pas ce qu’il voulait ramasser. Ça m’a intriguée. Le train démarrait. Je voulais absolument voir ce qu’il ramassait. C’est le genre de truc qui me rend dingue, l’idée de se dire qu’on ne saura jamais e qui s’est passé parce qu’il sera impossible de revenir en arrière pour voir l’homme et lui poser la question. J’ai horreur de ne pas savoir. Même les plus petits détails. Il m’est déjà arrivé dans un couloir de métro de reculer de quelques pas pour lire la fin d’une pub pour savoir tout ce qui a été écrit. Le train s’engageait dans le tunnel. Il s’est relevé et tenait dans sa main un citron jaune vif. Je l’ai vu le mettre dans sa poche. Et sourire.
D'humeur massacrante
L'inconvénient quand on vit seul, c'est qu'on ne sait pas si on est d'humeur massacrante avant qu'on est adressé la parole à quelqu'un.
J'aurai dû m'en douter quand j'ai rendu ma clef à la réception de l'hôtel. On fait le même boulot mais putain, ce qu'elle était pas agréable. J'ai dû ressentir un truc du genre "va chier conasse" mais je ne l'ai pas formulé.
J'ai pris le tram pour la Gare du Midi. Départ 9h13 de Bruxelles. Arrivée 10h38, Paris Gare du Nord.
J'ai la gerbe dans le tram. Pas assez dormi hier soir. Trop de vin et de cigarettes la veille au soir avec en prime un moustique qui m'a tourné autour pendant ce qui m'a paru être toute la nuit. Une fille parlait au téléphone dans le tram. ça me saoûlait. Ouais, j'aurai dû m'en douter à ce moment-là que j'étais d'humeur massacrante. J'ai eu des pensées limites racistes. Avec son accent blege, pourquoi parle-t-elle aussi fort??? Si j'y pense bien, elle parlait normalement mais ça me cassait les oreilles. J'avais envie de silence et pas d'entendre 5 fois de suite qu'elle allait à la Gare du Midi. C'est à croire que l'autre au bout du fil ne comprenait rien à ce qu'elle disait.
Arrivée Gare du Midi. Je me prends un thé vert avec un croissant et une bouteille d'eau. Le thé va me faire du bien. La caissière, un peu speed avec la file d'atente, me stresse. Elle prend sa voix faussement aimable des vendeuses de magasin. "Vous voulez bien avancer Madame", la voix forte, le sourire emprunté. Je ne vais pas assez vite pour payer, prendre mon plateau. La dame derrière moi devient ma voisine. "ah!", dit la caissière. Quoi, quoi, quoi!!!! Je te paie, non? Donne-moi 2 minutes pour sortir mon porte-monnaie!Putain! T'as un train à prendre? Non? Ben, moi si. J'aurai dû m'en douter que j'étais d'humeur massacrante.
9h05. Je suis sur le quai. Bon, il va pas tarder à arriver.
Déjà, le train a du retard. ça me saoûle mais j'arrive à me dire que c'est pas grave. En fait, ce qui me saoûle c'est qu'à aucun moment, on nous dit que le train a du retard alors qu'il en a. C'est la moindre des choses, merde, quand même de s'excuser!
Je regarde mon billet à 19 euros non remboursable, non échangeable. Fenêtre. Cool! Je vais pouvoir dormir. A l'arrivée du train (enfin!), tout le monde se rue à la porte. Moi la première. J'ai un peu honte alors je me la joue civilisée en restant à ma place et en évitant de pousser. Mais, j'ai envie que d'une chose:c'est de gueuler sur le touriste coréen que j'ai repéré tout à l'heure. Il porte sur son visage l'angoisse du touriste qui va louper son train. Il est là le train! Il va pas bouger jusqu'à ce que tout le monde soit monté! Putain, ce que j'étais d'humeur à tuer tout le monde mais que je le savais pas encore.
On rentre dans le train. Il y a ceux qui se dépêchent de se mettre à leur place en pensant à ceux de derrière pour qu'ils avancent et puis il y a ceux qui prennent leur temps dans l'allée pour sortir leur livre, leurs petites affaires avant de ranger leur sac, et puis il y a ceux qui arrivés au milieu du wagon se rendent compte qu'ils ne sont pas dans la bonne voiture. Mais, celle d'avant. Alors, tranquillement, pépère, ils se retournent et passent dans le sens inverse de la file vers leur voiture comme si les gens qui se trouvent devant eux n'existaient pas. Alors, d'abord pas de "excusez-moi" ou de je-me-mets-sur-le-côté-histoire-de. Non, non. ils t'écrasent les pieds pour passer. Disons-le franchement, ils font chier tout le monde. En plus, ils font partie de ceux qui ont des valises super lourdes. Putain! Ce que les gens sont sans-gênes. Je sais pas, ils ont peur qu'on leur pique leur place? ils ont pas remarqué qu'il y avait un numéro de siège sur le billet? Donc, il a fallu que je me pousse, de ma propre initiative, pour qu'ils passent dans l'allée étroite, je dis bien étroite, avec leurs grosses valises. Si j'avais décidé d'être aussi con qu'eux, on y serait encore. Dans l'allée.
Je m'installe à ma place.Il y a personne à côté de moi. Cool, je vais pouvoir dormir.
C'est quand il m'a parlé que j'ai su que j'ai su que j'étais d'humeur massacrante. Il m'a demandé s'il y avait quelqu'un à côté de moi. Jui lai répondu que non. Et puis, il commence à me raconter sa vie du style "oui, parce que je viens de...". je l'interromps: "Vous faites comme vous voulez". C'est quand j'ai prononcé cette phrase que j'ai senti à quel point j'étais de super mauvaise humeur. C'est marrant, il y a toujours ce mythe avec les copines qu'on peut rencontrer l'homme de sa vie dans des lieux insolites, comme le train. Ben lui, c'est pas l'homme de ma vie. A peine il a parlé qu'il m'a saoûlé.
Il s'installe tranquillement à côté de moi. Il a disparu quand les contrôleurs sont passés. Un fraudeur. Je ne sais pas pourquoi je me suis imaginée en train de le dénoncer aux contrôleurs. Et je me suis dit que c'était super beauf de faire ça. Après j'ai commencé à imaginer comment la compagnie de train pouvait limiter les fraudeurs mais pas en utilisant la délation (c'est trop dégueulasse!) mais avec plus de contrôles, en les cherchant dans des endroits insolites comme les toilettes. Après tout, chacun sa vie. S'il fraude, c'est qu'il y a une raison. Jessaie de m'endormir.
Il revient. Je m'installe en mettant mes pieds sur mon sac à main au cas où il veuille me le piquer. J'ai 10 euros dans mon porte-monnaie. Mais, j'ai un passport. Il pourrait le revendre! Ou pire, il pourrait me piquer mon billet (j'ai quand même vérifié en sortant du train). Il sort son portable et le consulte.
Un bébé joue quelques sièges derrière moi. J'essaie d'évaluer les bruits qui vont m'empêcher de dormir. En fait, sa mère le fait jouer. C'est pas désagréble à entendre. Par contre, un téléphone portable sonne toutes les 15 minutes. A chaque fois qu'il s'arrête de sonner et que j'entend son propriétaire parler, j'attends la prochaine sonnerie qui va me saoûler. Un autre voyageur dit timidement "Téléphone!". Je regrette qu'il ne le dise pas plus fort, histoire de lui foutre la honte.
Tout le wagon est silencieux, même le bébé. Il y a juste un mec, un seul qui fait chier tout le monde avec son putain de téléphone. Et puis, c'est pas la sonnerie discrète! Non, c'est fort! Il y a que les beaufs qui mettent leur sonnerie fort, histoire que tout le monde ait bien compris qu'ils ont un téléphone et qu'ils ont une vie sociale débordante. Avec des sonneries aussi fréquentes, ça doit être sa mère qui l'appelle.
Je m'endors quand même. La bouche ouverte, je crois. Et puis, je m'en fous s'il me voit. C'est pas le prince charmant! Quand je me réveille, je vois mon voisin en train de feuilleter mon journal. Je le regarde. Il me fait un grand sourire. Je lui dit: "Vous auriez pu demander". " Je n'ai pas voulu vous réveiller", dit-il gentiment en retournant à sa lecture. Je referme les yeux. Je me rends compte que ça ne me fâche pas vraiment qu'il lise mon journal.
Le téléphone de l'autre blaireau sonne. Mon sang ne fait qu'un tour. Je gueule: "Téléphone!". Un mec assis le siège devant moi rigole. Je sens mon voisin amusé. Je sais que j'ai des alliés mais des alliés silencieux. Parce que c'est quand même moi qui passe pour la beauf qui gueule!
Je rouvre les yeux. je regarde dehors. on est à Paris. Je mets mes chaussures. Mon voisin plie mon journal et me le tend. Il disparait. C'est à ce moment-là que j'ai vérifié dans mon sac. Rien ne manque. J'ai un peu honte. Mais, bon, je suis de mauvais poil, alors, me faites pas chier! Aujourd'hui, je vais bosser et j'ai vraiment pas envie d'y aller! Je vais encore voir plein de touristes à l'hôtel qui veulent savoir comment aller à Versialles, aux Deux Magots, au Moulin Rouge, les trucs de touristes, quoi. J'en ai ma dose!
Le train s'arrête. Là, encore, aucune courtoisie pour sortir.
Je prends le métro. Une ado qui pue, l'air punk, se goinfre d'un Kinder Bueno, dont elle jette allègrement le papier par terre. Elle pue. J'ai pitié. Je la regarde du coin de l'oeil. Elle doit avoir 16 ans. Elle a pas l'air net et surtout elle n'a pas l'air de s'être lavé depuis un moment. Elle a les sacs plastiques remplis de conneries qu'ont les SDF. Putain quel monde de merde! C'est une môme!
J'arrive à ma station. Bir-Hakeim. A côté de la Tour Eiffel. Traduction:blindé de touristes qui marchent à 2 à l'heure et qui savent pas où est la Tour Eiffel.
Je sors vite pour être le plus rapidement chez moi. J'ai pas fumé depuis ce matin. ça doit ête ça, aussi. Les gens sortent lentement, ils s'arrêtent au milieu de tout, pour voir où est leur conjoint, leurs enfants!
Entrée de mon immeuble. Un mec sort de l'ascenseur au moment où j'arrive sur le palier. Il semble vérifier le fonctionnement de l'ascenseur. J'ai un doute. Il ressemble au ramoneur avec qui je me suis engueulé parce qu'il ne voulait pas comprendre qu'on avait déjà fait ramoné la cheminée et surtout qui me foutait un peu les jetons parce qu'ils étaient trois! il me regarde l'air pas content. Je lui demande "Vous attendez quelqu'un?" "Non, merci!" Quoi, quoi, quoi? C'est quoi ton problème au juste?
Je ferme la porte. Je pose mon sac.
Putain! Qu'est-ce que je suis conne quand je suis d'humeur massacrante!!!
J'aurai dû m'en douter quand j'ai rendu ma clef à la réception de l'hôtel. On fait le même boulot mais putain, ce qu'elle était pas agréable. J'ai dû ressentir un truc du genre "va chier conasse" mais je ne l'ai pas formulé.
J'ai pris le tram pour la Gare du Midi. Départ 9h13 de Bruxelles. Arrivée 10h38, Paris Gare du Nord.
J'ai la gerbe dans le tram. Pas assez dormi hier soir. Trop de vin et de cigarettes la veille au soir avec en prime un moustique qui m'a tourné autour pendant ce qui m'a paru être toute la nuit. Une fille parlait au téléphone dans le tram. ça me saoûlait. Ouais, j'aurai dû m'en douter à ce moment-là que j'étais d'humeur massacrante. J'ai eu des pensées limites racistes. Avec son accent blege, pourquoi parle-t-elle aussi fort??? Si j'y pense bien, elle parlait normalement mais ça me cassait les oreilles. J'avais envie de silence et pas d'entendre 5 fois de suite qu'elle allait à la Gare du Midi. C'est à croire que l'autre au bout du fil ne comprenait rien à ce qu'elle disait.
Arrivée Gare du Midi. Je me prends un thé vert avec un croissant et une bouteille d'eau. Le thé va me faire du bien. La caissière, un peu speed avec la file d'atente, me stresse. Elle prend sa voix faussement aimable des vendeuses de magasin. "Vous voulez bien avancer Madame", la voix forte, le sourire emprunté. Je ne vais pas assez vite pour payer, prendre mon plateau. La dame derrière moi devient ma voisine. "ah!", dit la caissière. Quoi, quoi, quoi!!!! Je te paie, non? Donne-moi 2 minutes pour sortir mon porte-monnaie!Putain! T'as un train à prendre? Non? Ben, moi si. J'aurai dû m'en douter que j'étais d'humeur massacrante.
9h05. Je suis sur le quai. Bon, il va pas tarder à arriver.
Déjà, le train a du retard. ça me saoûle mais j'arrive à me dire que c'est pas grave. En fait, ce qui me saoûle c'est qu'à aucun moment, on nous dit que le train a du retard alors qu'il en a. C'est la moindre des choses, merde, quand même de s'excuser!
Je regarde mon billet à 19 euros non remboursable, non échangeable. Fenêtre. Cool! Je vais pouvoir dormir. A l'arrivée du train (enfin!), tout le monde se rue à la porte. Moi la première. J'ai un peu honte alors je me la joue civilisée en restant à ma place et en évitant de pousser. Mais, j'ai envie que d'une chose:c'est de gueuler sur le touriste coréen que j'ai repéré tout à l'heure. Il porte sur son visage l'angoisse du touriste qui va louper son train. Il est là le train! Il va pas bouger jusqu'à ce que tout le monde soit monté! Putain, ce que j'étais d'humeur à tuer tout le monde mais que je le savais pas encore.
On rentre dans le train. Il y a ceux qui se dépêchent de se mettre à leur place en pensant à ceux de derrière pour qu'ils avancent et puis il y a ceux qui prennent leur temps dans l'allée pour sortir leur livre, leurs petites affaires avant de ranger leur sac, et puis il y a ceux qui arrivés au milieu du wagon se rendent compte qu'ils ne sont pas dans la bonne voiture. Mais, celle d'avant. Alors, tranquillement, pépère, ils se retournent et passent dans le sens inverse de la file vers leur voiture comme si les gens qui se trouvent devant eux n'existaient pas. Alors, d'abord pas de "excusez-moi" ou de je-me-mets-sur-le-côté-histoire-de. Non, non. ils t'écrasent les pieds pour passer. Disons-le franchement, ils font chier tout le monde. En plus, ils font partie de ceux qui ont des valises super lourdes. Putain! Ce que les gens sont sans-gênes. Je sais pas, ils ont peur qu'on leur pique leur place? ils ont pas remarqué qu'il y avait un numéro de siège sur le billet? Donc, il a fallu que je me pousse, de ma propre initiative, pour qu'ils passent dans l'allée étroite, je dis bien étroite, avec leurs grosses valises. Si j'avais décidé d'être aussi con qu'eux, on y serait encore. Dans l'allée.
Je m'installe à ma place.Il y a personne à côté de moi. Cool, je vais pouvoir dormir.
C'est quand il m'a parlé que j'ai su que j'ai su que j'étais d'humeur massacrante. Il m'a demandé s'il y avait quelqu'un à côté de moi. Jui lai répondu que non. Et puis, il commence à me raconter sa vie du style "oui, parce que je viens de...". je l'interromps: "Vous faites comme vous voulez". C'est quand j'ai prononcé cette phrase que j'ai senti à quel point j'étais de super mauvaise humeur. C'est marrant, il y a toujours ce mythe avec les copines qu'on peut rencontrer l'homme de sa vie dans des lieux insolites, comme le train. Ben lui, c'est pas l'homme de ma vie. A peine il a parlé qu'il m'a saoûlé.
Il s'installe tranquillement à côté de moi. Il a disparu quand les contrôleurs sont passés. Un fraudeur. Je ne sais pas pourquoi je me suis imaginée en train de le dénoncer aux contrôleurs. Et je me suis dit que c'était super beauf de faire ça. Après j'ai commencé à imaginer comment la compagnie de train pouvait limiter les fraudeurs mais pas en utilisant la délation (c'est trop dégueulasse!) mais avec plus de contrôles, en les cherchant dans des endroits insolites comme les toilettes. Après tout, chacun sa vie. S'il fraude, c'est qu'il y a une raison. Jessaie de m'endormir.
Il revient. Je m'installe en mettant mes pieds sur mon sac à main au cas où il veuille me le piquer. J'ai 10 euros dans mon porte-monnaie. Mais, j'ai un passport. Il pourrait le revendre! Ou pire, il pourrait me piquer mon billet (j'ai quand même vérifié en sortant du train). Il sort son portable et le consulte.
Un bébé joue quelques sièges derrière moi. J'essaie d'évaluer les bruits qui vont m'empêcher de dormir. En fait, sa mère le fait jouer. C'est pas désagréble à entendre. Par contre, un téléphone portable sonne toutes les 15 minutes. A chaque fois qu'il s'arrête de sonner et que j'entend son propriétaire parler, j'attends la prochaine sonnerie qui va me saoûler. Un autre voyageur dit timidement "Téléphone!". Je regrette qu'il ne le dise pas plus fort, histoire de lui foutre la honte.
Tout le wagon est silencieux, même le bébé. Il y a juste un mec, un seul qui fait chier tout le monde avec son putain de téléphone. Et puis, c'est pas la sonnerie discrète! Non, c'est fort! Il y a que les beaufs qui mettent leur sonnerie fort, histoire que tout le monde ait bien compris qu'ils ont un téléphone et qu'ils ont une vie sociale débordante. Avec des sonneries aussi fréquentes, ça doit être sa mère qui l'appelle.
Je m'endors quand même. La bouche ouverte, je crois. Et puis, je m'en fous s'il me voit. C'est pas le prince charmant! Quand je me réveille, je vois mon voisin en train de feuilleter mon journal. Je le regarde. Il me fait un grand sourire. Je lui dit: "Vous auriez pu demander". " Je n'ai pas voulu vous réveiller", dit-il gentiment en retournant à sa lecture. Je referme les yeux. Je me rends compte que ça ne me fâche pas vraiment qu'il lise mon journal.
Le téléphone de l'autre blaireau sonne. Mon sang ne fait qu'un tour. Je gueule: "Téléphone!". Un mec assis le siège devant moi rigole. Je sens mon voisin amusé. Je sais que j'ai des alliés mais des alliés silencieux. Parce que c'est quand même moi qui passe pour la beauf qui gueule!
Je rouvre les yeux. je regarde dehors. on est à Paris. Je mets mes chaussures. Mon voisin plie mon journal et me le tend. Il disparait. C'est à ce moment-là que j'ai vérifié dans mon sac. Rien ne manque. J'ai un peu honte. Mais, bon, je suis de mauvais poil, alors, me faites pas chier! Aujourd'hui, je vais bosser et j'ai vraiment pas envie d'y aller! Je vais encore voir plein de touristes à l'hôtel qui veulent savoir comment aller à Versialles, aux Deux Magots, au Moulin Rouge, les trucs de touristes, quoi. J'en ai ma dose!
Le train s'arrête. Là, encore, aucune courtoisie pour sortir.
Je prends le métro. Une ado qui pue, l'air punk, se goinfre d'un Kinder Bueno, dont elle jette allègrement le papier par terre. Elle pue. J'ai pitié. Je la regarde du coin de l'oeil. Elle doit avoir 16 ans. Elle a pas l'air net et surtout elle n'a pas l'air de s'être lavé depuis un moment. Elle a les sacs plastiques remplis de conneries qu'ont les SDF. Putain quel monde de merde! C'est une môme!
J'arrive à ma station. Bir-Hakeim. A côté de la Tour Eiffel. Traduction:blindé de touristes qui marchent à 2 à l'heure et qui savent pas où est la Tour Eiffel.
Je sors vite pour être le plus rapidement chez moi. J'ai pas fumé depuis ce matin. ça doit ête ça, aussi. Les gens sortent lentement, ils s'arrêtent au milieu de tout, pour voir où est leur conjoint, leurs enfants!
Entrée de mon immeuble. Un mec sort de l'ascenseur au moment où j'arrive sur le palier. Il semble vérifier le fonctionnement de l'ascenseur. J'ai un doute. Il ressemble au ramoneur avec qui je me suis engueulé parce qu'il ne voulait pas comprendre qu'on avait déjà fait ramoné la cheminée et surtout qui me foutait un peu les jetons parce qu'ils étaient trois! il me regarde l'air pas content. Je lui demande "Vous attendez quelqu'un?" "Non, merci!" Quoi, quoi, quoi? C'est quoi ton problème au juste?
Je ferme la porte. Je pose mon sac.
Putain! Qu'est-ce que je suis conne quand je suis d'humeur massacrante!!!
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