Ceux qui pratiquent l'arrivée du métro de la ligne 6 à la station Charles-de-Gaulle Etoile, terminus de la ligne, auront déjà entendu le message du conducteur qui signale l'arrivée en gare et surtout la sortie à gauche du wagon, dans le sens de la marche. Beaucoup connaissent la combine de sortir à droite, entrée des nouveaux passagers du métro qui repartent dans l'autre sens, pour n'avoir qu'à traverser le quai afin de récupérer la ligne 1 direction Château de Vincennes. Cela évite plusieurs escaliers au grand dam des nouveaux passagers, pressés de se trouver une place assise, qui pestent quand on se trouve sur "leur" chemin. On peut gagner de précieuses secondes si on est déjà bien placé dans le wagon (en tête)et si on guette, à peine le train arrivé en gare,le métro de la ligne 1. On n'a plus alors que quelques secondes pour se faufiler du métro et courir vers le quai d'en face. Ce n'est pas une tâche facile: il y a les passagers de la ligne 6 qui veulent entrer dans le wagon et après le flot humain de la ligne 1, qui lui aussi, se précipite vers la ligne 6. Bref, on se retrouve deux fois à contre sens. Et ça, dans la culture complexe du métro, c'est interdit! Quoiqu'il en soit, j'ai réussi cet exercice d'acrobate (comme bien d'autres avant moi d'ailleurs). Mais, j'avoue, jusqu'à ce qu'on soit dans le wagon, il ne faut pas crier victoire. Tout peut arriver! Un passant distrait, un groupe de touristes, une mère et sa poussette, une vieille dame qui marche à son rythme. Tout dépend des conditions extérieures.
Aujourd'hui, je vois le train d'en face arriver. Je ne suis pas si bien placée que ça. Il me manque quelques mètres pour être en face du passage vers le quai de la ligne 1. Le train arrive et s'arrête. Les portes s'ouvrent (certains conducteurs viciuex laissent les portes fermées le temps que le métro de la ligne 1 reparte: ceux-là finiront en enfer pour nous faire suer autant!). Je me faufile, j'esquive, je m'approche. Plus que quelques pas, la sonnerie du wagon retentit. J'entend les portes du métro commencer à glisser. Un pas, deux pas, une petite élancée et hop! A peine suis-je dans le wagon que les portes se ferment derrière moi. Je suis un peu surprise. Les portes du wagon auraient dû me frôler. J'aurai dû être un peu bousculée. Et là, rien. Même l'homme devant moi paraît surpris. C'est elle qui m'a fait sourire. Elle doit avoir 5 ou 6 ans. Elle est debout à côté de son frère et elle me regarde avec toute l'admiration qu'un acrobate peut susciter. Elle se baisse vers son frère, attend quand même que je me sois éloignée pour lui chuchoter dans le creux de l'oreille: "Tu as vu ce qu'elle a fait?". J'ai souri. Qu'une petite fille m'admire pour ma prouesse d'entrée en wagon me fait très plaisir. Elle m'a grillé en fait. Elle nous a tous grillé. Parce qu'on s'amuse tous à défier le métro de la sorte, au mépris des consignes de sécurité des conducteurs du métro et quand on y arrive, on ne peut pas s'en empêcher, on sourit, on guette d'ailleurs un complice de jeux.Un autre sourire d'amusement. Et puis la vie reprend son cours. Comme le métro.
Voilà pourquoi j'ai souri aujourd'hui.
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